Il faut croire au soleil

Il se lève toujours

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  • Céline

Rencontre avec Rodolphe SINIMALE

Mis à jour : 18 juin 2018

Lorsque Émeline a dû interviewer la personne qui l'inspire le plus, elle a choisi sans hésiter Rodolphe Sinimale. Véritable entrepreneur du changement, il cultive la bienveillance auprès des réunionnais à travers la pleine conscience et la psychologie positive. Il développe ses projets dans les entreprises et les écoles pour y apporter bien-être et harmonie. Une rencontre des plus inspirante qu'elle partage avec vous aujourd'hui.


J’ai eu le plaisir de rencontrer Rodolphe Sinimale, qui m’a gentiment accordé un peu de temps malgré un emploi du temps bien chargé. Grâce à Facebook (je ne le dis pas toujours mais entre deux horreurs, on y découvre aussi des perles), je prends contact avec cet intriguant « garçon ». Après quelques échanges dématérialisés et un échange vocal, le moment est venu de rentrer dans la lumière de cet être inspirant. Le rendez-vous est pris pour le lendemain, dans une très bonne adresse de Saint-Denis.

Quand j’arrive, Rodolphe n’est pas seul. Il termine son déjeuner avec la dirigeante impliquée d’une entreprise privée bien connue de tous. Je suis ravie de comprendre que celui-ci va pouvoir parsemer ses graines de bonheur et de bienveillance auprès d’un si grand nombre de salariés…

Je commande un excellent thé marocain et attend mon tour.

Celui-ci ne tarde pas et, à peine le temps d’être servi, Rodolphe se dirige vers moi et me prie de l’excuser. Évidemment que je l’excuse, c’est moi qui le remercie d’avoir accepté de suite ma sollicitation.

Il me met tout de suite à l’aise avec son sourire sincère et je me dis que je vais passer un bien bon moment… Car si Rodolphe Sinimalé est un homme d’une rare sagesse , avec ses yeux pétillants et sa casquette vissée sur la tête, on devine que sa part d’enfant n’est jamais loin. Pourtant, l’âge de l’insouciance n’a pas duré longtemps pour lui. Il connait l’énorme douleur de perdre sa maman à l’âge de 9 ans. Moi qui sans cesse en quête d’exemples de Yin et Yang, Rodolphe me fait venir l’image de ce symbole noir et blanc. Sa quête à lui, ce sont les autres, le bonheur par et pour les autres.

Emeline : Merci Rodolphe de m’accorder un moment pour la réalisation de cette interview.

Rodolphe : Merci à toi d’avoir pensé à moi

Peux-tu te décrire comme si j’avais 6 ans ?

Tous les matins, je me réveille et je me demande ce que je peux faire pour changer le monde


Tu n’en serais pas là aujourd’hui si… ?

Si je n’avais pas côtoyé la mort à plusieurs reprises et si je n’avais pas connu des difficultés personnelles. Ces épreuves nous apprennent à prioriser. On n’est pas préparé à la mort, on vit dans une société dans laquelle la mort est tabou. On n’en parle pas et quand on y est confronté, on est pas armé. Il y a là un vrai sujet.


Quand Rodolphe Sinimale laisse parler son cœur, ça donne un portrait chinois comme ça : Si Rodolphe était un livre il serait… « Plaidoyer pour l’altruisme » de mon ami moine et chercheur Matthieu Ricard.

Une fleur…un tournesol qui se tourne vers le soleil.

Une chanson… « Rastaman vibration » de Bob Marley.

Un animal…Sushi, mon chien adoré.

Une couleur…blanc ou rose…non plutôt le bleu qui représente la pureté de l’esprit dans le bouddhisme tibétain.

Un jeu d’enfance…les legos, c’est un jeu un peu solitaire mais cela me permettait un champ des possibles incroyable, je pouvais créer une ville avec d’autres codes. Je passais pour un enfant introverti aux yeux des autres mais j’aimais être dans la contemplation. Quand on prête une oreille aux personnes dites introverties, elles ont un monde à vous offrir.

Une cause…être heureux ! Il faut lancer une révolution spirituelle pour faire renaître ce lien sacré qui unit les êtres en eux.

Un slogan… « Mon amour, je suis là pour toi » mantra proposé par le moine vietnamien Tich Nhat Hahn sur le plateau d’Oprah Winfrey : c’est super beau de dire cette phare à la personne qu’on aime.


Comment gères tu tes émotions ? As-tu un secret ?

C’est une vraie question. On assiste a une crise mondiale des émotions destructives. Cette phrase n’est pas de moi mais du Dalaï Lama et c’est tout le propos de ce que je fais aujourd’hui d’un point de vue personnel et spirituel. Si l’on pouvait rééquilibrer la donne entre les émotions perturbatrices et destructives comme la colère ou l’orgueil au profit d’émotions constructives comme la bienveillance ou la compassion, on changerait le monde réellement sans avoir à changer des modes d’organisation ou des modes de structuration de la société. En changeant les émotions, on change la planète : l’écologie, l’économie, la Société…

La méditation pour moi est une hygiène de vie.

Cela fait 20 ans que je médite et je suis toujours surpris de voir à quel point les vieilles habitudes sont toujours là, à quel point je peux parfois manquer de patience par exemple. C’est un travail de longue haleine.

Quelle place accordes tu à la spiritualité et aux rituels dans ta vie ?

Les mots sont importants. Je n’ai pas eu la chance de faire du latin mais lors de mon tour du monde, je me suis beaucoup interrogé sur ce que voulais dire le mot « méditation ». Selon moi, il faut voir ce mot comme la science de l’esprit. C’est très pragmatique. Il n’y a pas de croyance aveugle. C’est vraiment savoir comment on fonctionne. Ton esprit, mon esprit, leur esprit, c’est la même chose. Tout le monde veut être heureux, personne ne veut souffrir. C’est vraiment ce chemin là que j’entreprends. Matin et soir je m’offre un temps de méditation avec une intention que j’essaye d’avoir la plus juste possible. Cette phrase, je te la donne : « Les êtres sont le source de tout mon bonheur passé, présent et à venir, aussi bien temporaires que suprêmes. » Nous avons tous besoin les uns des autres. Ce thé que tu bois, tu peux le boire parce qu’il y a ces personnes autour de nous à la cuisine, au service, à la gérance de ce restaurant. Peut-être travaillent-ils beaucoup pour financer les rêves de leurs enfants ? Ils sont comme toi, comme moi, ils veulent être heureux. Quant aux personnes qui savent nous mettre face à nous même, ce sont un peu nos maîtres quelque part.

Dans la méditation il y l’aspect Science de l’esprit, Sagesse et l’Altruisme. Il est important pour commencer d’avoir une guidance, d’être accompagné par quelqu’un de qualifié puis dans un second temps d’expérimenter à la première personne et de voir si on progresse. La meilleure grille d’évaluation ce sont les gens qui nous entourent, surtout ceux qu’on aime et qui nous mettent face à nous même.

Lors d’une retraite en Inde, notre maître de méditation sentant monter en moi une pointe d’égo m’a dit « si tu penses être un bon méditant, vas passer une semaine chez tes parents ». Je n’avais pas compris au début mais en effet, c’est auprès des gens que l’on aime le plus que notre patience et notre amour sont le plus mis à l’épreuve (rires).


Comment définis tu ton métier ?

Mon métier aujourd’hui, c’est de construire des ponts entre ce que l’on peut appeler des sagesses contemplatives et des sciences contemporaines. On parle de 30 ans de recherche fondamentale portée par de brillants chercheurs. Ce n’est pas une notion new age.


Quelle place ont eu les autres, le réseau, dans la réalisation de ce succès ? (Rodolphe n’est pas très à l’aise avec ce dernier mot mais je le garde délibérément)

C’est une question très profonde et c’est le pilier central de la sagesse dont on parlait tout à l’heure. Nous vivons dans un monde interdépendant. Certains disent « je n’ai besoin de personne ». Mais quand on ouvre le robinet d’eau le matin pour se laver les dents, il y a des gens à Takamaka, dans les mairies qui font en sorte que cela puisse être possible. C’est comme une chaîne de gentillesse invisible. On ne peut pas être seul et je ne le suis pas.


Quel regard portes tu sur l’accompagnement de la fin de vie ?

Ce n’est plus admissible de voir que dans notre société, les personnes âgées sont mis en marge, que la vieillesse est cachée. On compartimente comme si on ne voulait pas voir de gens vieux ou malades contrairement aux pays que j’ai traversé comme l’Inde par exemple. Cela me touche énormément, je veux que cela change. Des actions sont mises en place. Un des précurseurs, Sogyal Rinpoché a écrit un ouvrage sur la fin de vie et les soins. Mais il y a encore tellement à faire, en changeant la mentalité et les cultures.


Quel message pour les jeunes qui sont inquiets de l’avenir ?

Je leur dirai 3 choses :

- De regarder la banalité du bien ! Si on regarde à l’échelle de l’humanité, nous n’avons jamais vécu dans un monde aussi sûr avec si peu de violence. Il faut repositionner la réalité.

- D’arrêter de regarder les actualités

- D’agir pour changer le monde


Rodolphe a cette façon de dire des vérités profondes avec des mots et des citations riches mais avec une légèreté dans la voix et un sourire permanent. C’est un homme, avec beaucoup de qualités et quelques défauts et c’est rassurant !

Mille mercis Rodolphe pour cette interview fraîche et chaude à la fois, une interview ombre et lumière empreinte d’authenticité.


Découvrez son TED-X:



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